
Dans son Viatique des adolescents, le fondateur de la Mouridiyyah, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, exhorte les jeunes, enfants et adolescents à la droiture, à la quête inlassable du savoir utile, et à se détourner résolument de tout facteur de distraction pouvant les éloigner de leurs objectifs spirituels et intellectuels.
Cette exhortation constitue un appel solennel à l’excellence et à la bonne conduite, piliers indispensables de toute société aspirant à respirer le vent du développement endogène.
Or, force est de constater aujourd’hui, avec étonnement et amertume, la détérioration progressive de notre espace éducatif et universitaire.
Ces lieux, jadis temples du savoir et de la réflexion, sont devenus, à la faveur de dérives multiples, de véritables champs d’affrontement.
Politiciens encagoulés et idéologues malveillants y propagent des discours toxiques qui empoisonnent l’esprit de l’étudiant non averti.
L’étudiant sénégalais subit désormais une double pression : d’une part, celle d’un milieu social souvent défavorisé; d’autre part, celle d’un environnement universitaire instable, traversé par des influences extérieures susceptibles de le détourner de son objectif principal : apprendre pour servir.
Face à ce fléau, une refonte profonde et courageuse de notre modèle éducatif s’impose. Son inefficacité actuelle ne fait plus débat.
Les étudiants, une fois diplômés, se heurtent à de réels défis d’employabilité, faute d’une formation adaptée aux besoins du marché.
Ces jeunes, désorientés et fragilisés, deviennent alors, par la précarité de leur condition, de véritables bombes sociales à retardement qui, tôt ou tard, pourraient exploser si rien n’est fait.
L’État, conscient de l’ampleur de ce défi, doit engager des réformes structurelles, progressives et ambitieuses, afin de rectifier le tir avant que l’irréparable ne se produise.
1. Restaurer la dignité du cadre universitaire
Il convient, en premier lieu, d’interdire totalement l’entrée des forces de l’ordre dans l’enceinte des universités sénégalaises.
Rien ne saurait justifier la présence de la police ou de la gendarmerie dans un espace de savoir. Leur intrusion, souvent violente, altère la crédibilité et la sacralité de ces lieux.
2. Dépolitiser l’espace étudiant
Il est également urgent de dissoudre toutes les amicales étudiantes à coloration politique.
L’engagement citoyen doit être encouragé, certes, mais il doit demeurer libre, individuel et désintéressé, à l’abri de toute instrumentalisation partisane.
3. Désengorger et moderniser les universités
L’État doit s’atteler à désengorger l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) en délocalisant certaines facultés vers d’autres pôles universitaires (UCAD 1, 2, 3, 4).
Le développement du job étudiant et d’un système d’alternance formation-emploi doit être encouragé, afin de permettre aux étudiants d’acquérir une expérience professionnelle tout en assurant leurs besoins quotidiens.
4. Renforcer la sécurité et la gouvernance interne
La mise en place d’une plateforme numérique de surveillance et de signalement des comportements inappropriés ou des intrusions étrangères au campus permettrait de réduire les cas de vols, d’agressions et de violences.
Les amicales étudiantes doivent, en parallèle, assumer leur part de responsabilité en veillant à la propreté, à la discipline et à la sécurité de leurs espaces.
Elles peuvent organiser, sous supervision universitaire, des contrôles internes pour prévenir la détention d’armes blanches ou d’objets dangereux.
5. Promouvoir une culture du dialogue et de la non-violence
Les étudiants doivent s’unir autour de modes de revendication pacifiques et responsables, bannissant toute forme de violence ou de destruction.
Les affrontements avec les forces de l’ordre et les saccages matériels ne font qu’aggraver leur situation déjà fragile et ternir l’image de l’enseignement supérieur sénégalais.
Tout compte fait , il est urgent que l’État, les autorités universitaires et les amicales étudiantes s’engagent conjointement dans une refondation profonde et concertée de nos universités.
Ce n’est qu’à ce prix que ces institutions pourront redevenir ce qu’elles auraient toujours dû être : des temples du savoir, de la réflexion et de l’excellence, où les affrontements ne se feront plus dans la rue, mais dans l’arène des idées par la puissance du raisonnement et la noblesse de l’esprit.
Elhadji Fadall Mbacke

