Cheikh Ahmed Tidiane Ly : «Préserver la Constitution, c’est protéger la République»

RÉVISION CONSTITUTIONNELLE : LE SÉNÉGAL À LA CROISÉE DES CHEMINS ENTRE CONSOLIDATION DÉMOCRATIQUE ET RISQUE DE DÉRIVE INSTITUTIONNELLE
Par Cheikh Ahmed Tidiane Ly
Cadre de l’APR – Alliance Pour la République
L’histoire politique des Nations enseigne une vérité fondamentale : les démocraties ne s’effondrent presque jamais en une seule nuit. Elles se fragilisent progressivement lorsque les équilibres institutionnels cessent d’être protégés avec rigueur, lorsque les contre-pouvoirs deviennent des cibles politiques et lorsque les Constitutions commencent à être perçues comme des instruments d’adaptation idéologique plutôt que comme des garanties supérieures de stabilité nationale.
Le Sénégal traverse aujourd’hui précisément ce moment de bascule où la vigilance républicaine devient un devoir patriotique.
L’avis rendu par le Conseil constitutionnel sur l’avant-projet de révision constitutionnelle n’est pas un simple exercice juridique.
C’est un signal d’alerte institutionnel majeur.
Lorsque les plus hautes autorités constitutionnelles d’un pays exigent la réécriture de plusieurs dispositions relatives aux fondements mêmes de l’État, cela signifie qu’une inquiétude sérieuse existe quant à la préservation des équilibres républicains.
Le Conseil constitutionnel a rappelé avec force que :
la forme républicaine de l’État
la limitation des mandats
le mode d’élection présidentielle
et les principes fondamentaux de notre démocratie, ne sauraient être soumis aux fluctuations des rapports de force politiques.
Cette position est salutaire.
Car l’Afrique contemporaine regorge malheureusement d’exemples où les réformes constitutionnelles ont servi de portes d’entrée à des dérives institutionnelles profondes.
Au Guinée, la modification controversée de la Constitution sous le régime d’Alpha Condé a provoqué une fracture nationale majeure, alimentant tensions politiques, manifestations sanglantes et instabilité durable.
En Côte d’Ivoire, les débats autour des réformes institutionnelles et de l’interprétation des mandats présidentiels ont profondément polarisé la société et fragilisé la confiance démocratique.
Au Togo, les révisions successives de l’architecture constitutionnelle ont progressivement installé une concentration durable du pouvoir, réduisant considérablement l’équilibre des institutions.
Au Burkina Faso, la tentative de modification constitutionnelle sous Blaise Compaoré avait fini par déclencher une insurrection populaire historique ayant conduit à l’effondrement du régime.
Ces exemples doivent interpeller le Sénégal.
Car chaque fois que les peuples ont eu le sentiment que les Constitutions étaient utilisées pour consolider des projets de pouvoir plutôt que pour protéger l’intérêt général, les conséquences ont été :
la défiance citoyenne
la radicalisation politique
l’affaiblissement institutionnel
et parfois des crises nationales profondes.
Mais l’Afrique offre également des exemples positifs dont le Sénégal devrait s’inspirer.
Au Ghana, la stabilité démocratique repose depuis plusieurs décennies sur le respect rigoureux des limitations constitutionnelles et sur une culture institutionnelle forte.
Au Botswana, la continuité de l’État et la crédibilité démocratique ont été consolidées grâce à des institutions stables et à une faible personnalisation du pouvoir.
En Cap-Vert, la maturité démocratique repose sur la primauté des institutions sur les intérêts partisans.
Ces pays ont compris une réalité essentielle : les institutions fortes survivent aux hommes politiques
les institutions fragilisées finissent toujours par produire l’instabilité.
C’est pourquoi l’APR considère avec gravité l’évolution actuelle du débat politique sénégalais.
Depuis plusieurs mois, le pays assiste :
à une tension croissante autour des institutions
à une délégitimation systématique des organes de régulation
à une polarisation permanente du débat public
et à une forme préoccupante de confrontation entre légitimité populaire et légalité institutionnelle.
Cette dynamique est dangereuse.
Car aucune démocratie ne peut durablement survivre lorsque
les institutions sont constamment suspectées
les contre-pouvoirs sont présentés comme des obstacles
et que la majorité politique considère toute contradiction comme une hostilité.
Une République moderne ne se construit pas dans l’émotion révolutionnaire permanente.
Elle se construit
dans la stabilité
dans l’équilibre
dans la séparation des pouvoirs
dans le respect du droit et dans la capacité des gouvernants à accepter les limites imposées par les institutions.
Aujourd’hui, beaucoup de Sénégalais s’interrogent légitimement sur la direction prise par le régime actuel.
Car derrière les discours de rupture et de refondation, certains perçoivent
une volonté de concentration institutionnelle, une fragilisation progressive des équilibres historiques
et une remise en cause implicite de plusieurs mécanismes de régulation républicaine.
Le plus préoccupant reste cette tendance à installer un climat politique où toute critique institutionnelle du pouvoir serait automatiquement interprétée comme une hostilité au changement.
Cette logique est profondément anti républicaine.
Dans une démocratie mature, ce ne sont pas les institutions qui doivent s’adapter aux passions politiques du moment ; ce sont les gouvernants qui doivent respecter les limites imposées par les institutions.
Le Sénégal doit faire extrêmement attention.
Car l’histoire récente montre que plusieurs régimes africains arrivés au pouvoir au nom de la rupture démocratique ont parfois fini par reproduire
les mécanismes de concentration du pouvoir
les logiques de contrôle institutionnel et les dérives qu’ils dénonçaient eux mêmes hier.
Aucune légitimité électorale ne donne un droit illimité sur la République.
L’APR réaffirme ainsi son attachement indéfectible
à la stabilité constitutionnelle
à l’indépendance des juridictions
à la protection des contre-pouvoirs
à la continuité de l’État
et à la préservation du modèle démocratique sénégalais.
Le Sénégal n’a pas besoin d’une République d’expérimentation idéologique.
Le Sénégal n’a pas besoin d’une démocratie sous tension permanente.
Le Sénégal a besoin
d’un État fort mais équilibré
d’institutions respectées
d’une justice crédible et d’une gouvernance consciente que le pouvoir n’est jamais supérieur à la République.
Car lorsqu’un pays commence à fragiliser ses garde-fous institutionnels, il ouvre progressivement la voie :
à l’instabilité
à la défiance nationale
aux fractures sociales et parfois aux crises historiques les plus profondes.
Préserver les institutions aujourd’hui,
c’est protéger la paix civile demain.
Protéger la Constitution aujourd’hui,
c’est sauver la République pour les générations futures.
Cheikh Ahmed Tidiane Ly
Cadre de l’APR – Alliance Pour la Républiqu

