CAN 2025 : Pourquoi la CAF ne peut ni retirer le titre au Sénégal ni le sanctionner lourdement : Analyse juridique
La décision de la Confédération africaine de football (CAF) concernant la finale de la CAN 2025 suscite une vive controverse. Pourtant, plusieurs arguments juridiques solides plaident en faveur du maintien du titre du Équipe du Sénégal de football. L’article 82 de la CAF : une application contestable

L’article 82 du Code disciplinaire de la CAF prévoit qu’une équipe quittant le terrain ou refusant de poursuivre un match peut être déclarée forfait.
Cependant, un élément fondamental change l’analyse : le Sénégal est revenu sur la pelouse et le match est allé à son terme.
D’un point de vue juridique, ce retour empêche l’application de la sanction maximale du forfait (défaite 3-0). Au pire, une faute comportementale peut être retenue, pouvant entraîner une amende, mais pas une invalidation du résultat final.
Un match officiellement terminé et homologué
Le match s’est conclu par le coup de sifflet final de l’arbitre, suivi de la remise du trophée.
Dans le droit du sport, revenir sur un résultat après une cérémonie officielle est extrêmement rare. Cela n’intervient généralement qu’en cas de dopage avéré, de fraude ou de corruption, ce qui n’a pas été évoqué dans cette affaire.
Ainsi, la “vérité du terrain” bénéficie d’une forte protection juridique.
Le rôle déterminant de l’arbitre (Loi 5 de l’IFAB)
Selon la Loi 5 de l’International Football Association Board, l’arbitre est l’autorité suprême sur le terrain.
En autorisant la reprise du match après l’interruption, il a validé la continuité de la rencontre.
Par ailleurs, la Fédération internationale de football association rappelle que les décisions arbitrales sont finales. Dès lors, si l’arbitre a jugé que le match devait se poursuivre jusqu’à son terme, le résultat sportif doit primer.
La stabilité des compétitions : un principe fondamental
L’idée de retirer le trophée après coup relève davantage du fantasme que du droit.
Une fois le match terminé et le titre attribué, le principe de stabilité des compétitions s’applique. Ce principe protège les résultats acquis sur le terrain afin d’éviter une insécurité juridique permanente dans les compétitions sportives.
Des sanctions possibles, mais limitées
En cas de manquement, les sanctions prévues sont généralement intermédiaires :
Amendes à l’encontre de la fédération
Éventuelles suspensions pour les encadrants
Ces mesures visent à sanctionner le comportement, sans remettre en cause le résultat sportif.
Une absence d’intention d’abandon
Le fait que certains joueurs sénégalais soient restés sur ou autour du terrain démontre qu’il ne s’agissait pas d’un abandon définitif, mais d’une protestation ponctuelle.
Cette nuance est essentielle en droit disciplinaire, où l’intention joue un rôle déterminant.
La question de la sécurité : un argument clé
Le Sénégal peut également invoquer les dispositions réglementaires relatives à la sécurité.
Selon les règles de la CAN, l’organisateur — en l’occurrence le Maroc — est responsable de garantir la sécurité des équipes.
Si le retrait temporaire des joueurs est lié à des défaillances sécuritaires ou à des incidents impliquant les stadiers, cela peut constituer un motif légitime, atténuant voire annulant toute responsabilité disciplinaire.
Conclusion
Au regard du droit du sport, le principe reste clair : lorsque le match est allé à son terme, le résultat du terrain prévaut.
Le Sénégal pourrait éventuellement faire face à des sanctions financières pour son attitude, mais les arguments juridiques disponibles rendent hautement contestable toute tentative de retrait du titre.
En définitive, sauf preuve de fraude grave, les médailles des Lions de la Teranga ont vocation à rester à Dakar.
Dr. Mohamed Diallo/
Spécialiste en Communication de Crise


